Prosper, Victorine, Auguste, Marie et les autres…
Prosper, Victorine, Auguste, Marie… Vous êtes là, immobiles, couchés sous vos pierres tombales, comme des locataires qui refusent de rendre les clefs. Vous vous accrochez à vos concessions comme d’autres s’accrochent à leur pavillon de banlieue. Mais enfin, il faut savoir partager !
Vous pensiez rester ici, tranquilles, à perpétuité, voire pour l’éternité. Quelle drôle d’idée. Quel égoïsme. L’éternité, c’est long, surtout vers la fin. Et puis, vous bloquez la file d’attente, le marché des concessions. Il n’y a pas de roulement. Vous occupez le terrain, littéralement.
Qui vient vous voir ? Qui vient encore déposer une fleur, une pensée ? Qui se souvient de vous ? Absolument personne sauf un arrière petit fils.
Et pourtant, vous pourriez rendre service. Libérer la place pour les nombreux boomers qui trépassent. Permettre aux nouveaux arrivants de s’installer, de poser leurs valises de bois. Offrir au sol une seconde jeunesse, une biodiversité joyeuse. Car oui, même la terre a besoin de respirer.
Alors, Prosper, Victorine, Auguste, Marie… Soyez généreux. Ne craignez pas la fosse commune. Ce n’est pas l’Enfer. C’est juste une colocation. Une grande maison où l’on partage les murs, les souvenirs, les silences. Une maison où l’on rit encore, entre voisins de poussière.
Et moi, en passant devant vos pierres tombales, je vous imagine discuter, râler, philosopher. Prosper qui dit : « Moi, je reste, j’ai payé pour cent ans ! » Victorine qui soupire : « Mais enfin, Prosper, laisse donc ta place, tu n’en fais rien… » Auguste qui ricane : « La fosse commune, c’est comme une fête foraine, on y retrouve tout le monde et en plus, c’est gratuit. »
Alors je vous le demande, avec douceur : cédez un peu de terrain. Laissez la vie continuer son manège. Et reposez-vous ailleurs, ensemble, dans ce grand dortoir où l’on ne manque jamais de compagnie.






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